27 octobre 2008

PlokPlok

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"Si tu souhaites la mort de ton pire ennemi, assied-toi au bord du fleuve et attend de voir passer son cadavre".

 

Cette sentence desséchée par un courant d'air flairé, filtré et recyclé par les narines de Toutânkhamon, allait à coup sûr révéler son ineptie tandis que je remontais la rue de Sofia en contournant les flots d'eau vive libérés par l'ouverture d'une bouche de lavage.

 

L'irruption de deux grosses chaussures noires dans mon champ visuel jusque là occupé par les moulinets du balayeur transformé en machine à fouetter trottoir et caniveau comme s'il allait monter en neige la mixture amassée dans les franges de son balai, vint alors redonner un bon coup de projo à ce dicton chinois.

 

Enfin... un projecteur vacillant.

 

Si le concept était en gros respecté : eau+passage de l'ennemi, l'idée force, celle du cadavre, était à peine esquissée, voire inaboutie.

 

Les GCN (grosses chaussures noires) promenaient deux guibolles bien vivantes sous un corps frêle de modeuse nez au vent.

 

Ce genre de phrase à sens demande une configuration d'esprit portée sur l'interprétation des signes. Qui a vu, en regardant la poche à douille de Pierre Hermé tenue ne laisse par un doberman, un lien évident avec le concept du cerf-volant me comprendra.

 

Toute cette eau et cette danse du balai était à mon sens le signe que pour la GCN, l'heure avait sonné.

Pourquoi m'acharner contre cette papatte de l'extrême ?

A t'on libéré les femmes  d'architectures capillaires baptisées "monte au ciel", "hérisson à quatre boucles", "Pouf au sentiment", "pot-pourri sentimental" pour les amarrer au bitume comme par vent force 10 ?

Lorsque la reine Marie Antoinette se rehaussait de perruques poudrées grouillantes de souris, avant de démonter l'entrée du chateau pour ménager le passage du chignon sous le porche, l'entretien avec le créatif du tif n'aurait-il pas dû précéder l'opération bulldozer ?

Au strict point de vue "évolution dans l'espace, la GCN est au déplacement de la sylphide, ce que la bétaillère est au transport du colibri.

 

Oh ! La Marie Antoinette de la semelle, tu peux développer sur ce petit look tractopelle ? C'est l'amorce d'une nouvelle carrière ? Un parachutage dans le bâtiment ? Un échantillon de ton attirail pour damage de géranium en pot ?

Pour ton passe Navigo, tu prends une brouette ?

 

Plus grave : elle n'a pas de nom.

Quel est l'avenir d'un truc que l'on ne peut nommer ?

 

Imaginez un fervent souhaitant se caler sur cette tendance lourde, quel vocable utiliser pour décrire l'objet de sa convoitise ?

"Roberto, tu peux me fixer deux parpaings sous chaque pied, ce soir, je vais en before chez Francis ?".

 

Voici donc le mot d'ordre de la mission, telle que je l'ai acceptée : Toxine, secoue ton bâton de pèlerin, électrolyse-toi les neurones, pense à Jean d'Ormesson qui déclarait récemment, un jour, il y a quelque temps, autrefois : "J'ai un pied dans la tombe et je ne veux pas que l'on me marche sur l'autre", et apporte toi aussi ta petite pierre au dictionnaire.

 

J'ai eu bien raison de me faire confiance car voici ma contribution à l'enrichissement de la langue française :

 

Première proposition : Panzer, qui m'a conduite à GCTT ou "grosse chaussure tout terrain". Pour le voyage en tank, c'était très virtuel, mais, ça donne envie d'essayer, il faudra surveiller les soldes.

 

L'efficacité des initiales n'est plus à démontrer : RTT, VTT.

Pour autant, le raccourci est-il adapté à un accessoire de marche ? Un peu lapidaire...non ?

 

L'élément déclencheur a finalement été sonore. La rue de Sofia est en pente, ou en montée, comme on veut. En version côte, la modeuse appareillée des grosses chaussures noires tentait la même remontée de trottoir que moi.

 

Alourdis par le poids, ses genoux peinaient à se plier et ses pieds se posaient au sol avec la grâce de deux fers à repasser "Début Troisième République".

 

Cinquante ans de remue-méninges d'ingénieurs aéronautique pour mettre au point le Concorde, dix minutes pour revenir à la progression gracieuse du menhir à Carnac !

 

J'ai eu un flash cinématographique : pas incertain, créature pataude...Boris Karloff, Frankenstein !

Je serais même allée jusqu'à "La fiancée de Frankenstein", mais je n'ai pas voulu anticiper sut l'avenir nuptial de la porteuse de fonte.

 

L'oreille mélomane pouvait indubitablement établir une relation entre un concerto de Mozart et le son produit par chacun de ses pas, surtout lorsque le couvercle du piano se rabat avec fracas sur les doigts du pianiste : plok !

 

Pour lancer un produit destiné à détrôner les crocs dans le coeur des fahion addicts, le nom basé sur la sonorité m'a semblé parfait. Et ne boudons pas notre plaisir, soyons généreux, allons jusqu'à "Plok Plok", c'est deux fois mieux.


Par la grâce de moi, je déclare donc l'arrivée dans le dico, entre ploc et plomb, de "Plok Plok", nom commun désignant une prothèse pédestre en usage dans les rues en pente.

Quoi "ploiement" ? Je l'ai enlevé, c'est imprononçable, hors d'usage.

 

Toute occupée de pensées marketing, comme je portais des sandales, pour attirer le peintre "pieds", je me les suis noyés dans le caniveau.

La modeuse, avec ses pseudo chopines vénitiennes, du temps des jarretières en dentelle rouge sur les cuisses soyeuses, a gardé les siens au sec !

 

"Si tu souhaites la mort de ton pire ennemi, assied-toi au bord du fleuve, et attend de voir passer son cadavre, et fais lui boire la tasse" !